Santé

Élections régionales20 et 27 juin 2021

L’accès à la santé, à des services sanitaires et sociaux partout sur le territoire et quelque soit son statut social, est un pilier de notre institution républicaine. L’organisation de la « santé à la française » repose sur deux principes : la répartition équitable des structures de santé sur tout le territoire, et le financement solidaire.

Depuis la création de la Sécurité Sociale par le Conseil National de la Résistance, le concept du financement repose sur une idée simple : chacun·e cotise selon ses moyens, chacun·e reçoit selon ses besoins. L’idée est donc de protéger la santé du monde de la commercialisation, de la marchandisation.

Mais la Sécurité Sociale a été mise à mal par les réformes libérales successives. La loi de financement de la Sécurité Sociale a créé des déserts sanitaires dans nos territoires ruraux et entraîné l’inflation des coûts de la médecine lucrative et libérale. Quant aux déremboursements ils obligent à souscrire des complémentaires santé de plus en plus coûteuses, ce qui contraint aujourd’hui une partie de la population à différer ou renoncer aux soins faute de revenus suffisants.

La pandémie COVID a fait surgir une crise sanitaire et sociale dramatique, qui a exacerbé les inégalités. Certes, il y a un virus, qui a pris tout le monde de vitesse. Mais il y a aussi le résultat de la politique de santé menée depuis des décennies qui montre aujourd’hui son vrai visage, sa vraie nature sociale et politique et par là même, son aspect criminel.

1. Une évolution inquiétante

La volonté de marchandiser la santé par les gouvernements successifs a détruit le service public hospitalier, incapable aujourd’hui de faire face aux besoins de la population, COVID ou non : 100 000 lits supprimés en trente ans, et on continue ces suppressions. Mais ce que la crise a révélé va au-delà de la question du nombre de lits. En gérant les hôpitaux publics comme des entreprises privées, par exemple avec la tarification à l’acte, on a modifié l’ADN du service public de santé (fermetures d’hôpitaux, médicaments déremboursés).

La loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire, dite loi Bachelot ) a fait suite au Plan Hôpital 2007, pensée par le gouvernement Jospin et mise en place par Mattei et le gouvernement Raffarin. Elle a planifié l’offre hospitalière régionale (anciennes régions) et la médecine de ville en énonçant la possibilité pour les Régions de participer au financement des maisons médicales.Tous les gouvernements suivants n’ont fait qu’accentuer le trait, allant toujours plus loin dans cette logique et hypothéquant une véritable politique de préservation de la santé.

2. Créer un Conseil régional de Santé

La Région doit proposer une alternative, y compris législative, au maillage prévu qui privilégie la rentabilité financière au détriment des usagers, par la concurrence commerciale public/privé et la suppression des structures hospitalières publiques de proximité :

Actuellement, les Régions ont de faibles compétences « officielles » en matière de santé. Elles gèrent la formation professionnelle dans le paramédical, ont des représentants dans les ARS (agence régionale de la santé), développent certaines actions et informations de prévention. Elles siègent aussi aux Conseils de Surveillance des CHU. Le poids des majorités politiques régionales sur l’action des ARS est un facteur qui doit être mis en avant, et notre liste prône dans ce sens davantage de démocratie citoyenne. Nous voulons créer un Conseil Régional de Santé, porteur de propositions en lien avec les territoires et les besoins des usagers. Ce Conseil doit être ouvert aux usagers, syndicats, comités et collectifs de défense, professionnels du secteur sanitaire et social, avec un rôle de contre-pouvoir aux ARS en s’appuyant sur des audits des besoins, et en concertation avec les populations, les collectivités territoriales locales.

3. Créer des centres de santé

Le Conseil régional de santé pourra être à l’initiative de la création de centres de santé (structures municipales, SCIC ou adossés à des centres socio-culturels) permettant d’assurer des soins courants et de la médecine préventive. Ces centres salarient des personnels médicaux et paramédicaux et pratiquent le tiers-payant.

La Région dispose de plusieurs écoles d’infirmier·e·s (IFSI), de plusieurs facultés de médecine. Ces structures financées avec des deniers publics peuvent en retour devenir des réservoirs de professionnels de santé. Les centres de santé qui leur proposent un salariat présentent une attractivité importante pour les professionnels, sans promouvoir la rentabilité.

Ces structures sont une alternative réelle aux « maisons de santé » qui ne font que rassembler et faciliter l’installation d’activités libérales et lucratives. La Région a financé des centaines de maisons de santé de ce type sans contrôle et sans contre-partie, avec pour conséquence la persistance des déserts médicaux.

Par ailleurs le coût des études d’infirmier·e·s et d’aides soignants est énorme. La Région doit assurer le financement de ces formations en contractualisant l’engagement des personnels formés dans les établissements de soins publics pendant une durée à déterminer.

4. Réinventer l’ARS

Force est de constater qu’aujourd’hui les ARS relaient les décisions des ministres et de l’Etat, tout en bénéficiant de financements des collectivités locales. Elles sont dirigées par des directeurs (super préfets sanitaires) au service du gouvernement pour exécuter ses orientations politiques dans une logique purement marchande et commerciale des besoins de santé.

Nous proposons de réorienter les missions de l’ARS dans le cadre de la décentralisation :

  • lutte contre les déserts médicaux avec la création de centres de santé
  • maintien de tous les hôpitaux de proximité y compris pour le droit à l’IVG, qui est toujours remis en cause lorsque des femmes sont tenues à distance d’hôpitaux.

En conséquence, pas un habitant ne devra se trouver à plus de 20 min de l’une de ces structures.

Nous proposons aussi qu’une des principales missions de l’Observatoire régional de la santé et de l’environnement (ORSE) soit l’établissement de liens entre risques environnementaux, risques industriels et santé. Il faut par exemple créer un registre régional des cancers comme il en existe un en Poitou-Charentes, indépendant de tout lobby.

Nos élu·e·s régionaux représenté·e·s dans les futures instances de direction des hôpitaux publics se feront les avocats d’une politique non marchande, notamment en exigeant l’embauche du personnel soignant nécessaire, en proposant une politique de prévention des causes réelles des maladies : pauvreté, conditions de travail, pollutions…

5. La santé : un engagement total

La Région doit agir sur les questions touchant au médico-social (personnes handicapées, institutions pour enfants en difficultés ou déficients – IME, IM Pro -, Foyer de Vie pour Adultes, Foyers d’Accueil Médicalisés, Maisons d’Accueil pour personnes âgées, médicalisées ou non, etc …), désormais du ressort de l’ARS, et non plus des Conseils départementaux.

La Région, peut se saisir du médico-social par le biais des modalités du schéma d’équipement du territoire. Elle doit réouvrir les PMI indispensables et défendre la psychiatrie infantile et adulte, véritablement sinistrée.

Enfin, nous rappelons ici notre soutien sans faille aux salariés de la santé et du social. Il y a urgence à embaucher massivement dans ces secteurs et augmenter les salaires. Pour sortir de la crise sanitaire actuelle, il faut également imposer la lever des brevets sur les vaccins, afin de rendre ces derniers « biens publics de l’humanité ». La crise économique, sociale, écologique sans précédent que connait le capitalisme, la dégradation des conditions d’existence, imposent plus que jamais des solutions radicales. Pour cela nous devons commencer par nous regrouper, dans les luttes et dans les urnes, pour imposer des mesures d’urgence et changer les rapports de force.